Changement de décor : la grouillante Saigon

Après un un transfert assez stressant et une course dans les couloirs de l’aéroport de Melbourne où nous avions notre correspondance, nous arrivons à Saigon à 1h du matin, notre vol ayant été retardé d’une heure. Là, contrairement à tout ce que j’ai lu sur internet, un officier de la douane vietnamienne nous affirme que nous ne pourrons pas entrer au Vietnam sans un billet prouvant notre sortie du territoire avant l’expiration du visa gratuit, valable pour les ressortissants français et pour une période de 15 jours sur le territoire vietnamien. Décontenancés, nous passons une bonne heure à réfléchir à comment faire et où aller ensuite. Nous jetons finalement notre dévolu sur Bangkok et prenons des billets en ligne avec l’idée d’aller visiter le Nord de la Thaïlande avant de nous rendre au Laos ou de partir faire un peu de plongée dans le sud. Finalement, le douanier ne nous demandera même pas nos billets… Nous arrivons enfin dans notre petit hôtel, au fond d’une petite rue en plein centre-ville à 3h30 du matin. Devant l’entrée, tout un groupe de vietnamiens se sont réunis malgré l’heure tardive, et une musique traditionnelle résonne entre les murs de cet étroit boyau. Nous sommes sonnés ! L’hôtel est fermé mais on peut voir un homme endormi sur un canapé à travers les portes vitrées. Nous frappons assez fort et assez longtemps pour qu’il se réveille. Il vient finalement nous ouvrir et nous laisse accéder à notre chambre dans laquelle nous nous installons pour un repos bien mérité mais très court.

Le lendemain, nous apprenons que toutes ces festivités nocturnes étaient en réalité des funérailles. Les proches du défunt l’accompagne vers sa nouvelle demeure, avec force offrandes, musique et chants. C’est une façon de rendre hommage aux morts très joyeuse !

Nous passons les trois jours suivants à arpenter la ville. Nous découvrons une ville à plusieurs facettes, très marquée par son passé colonial comme le montre l’architecture de nombreux bâtiments qui rappellent l’Europe, mais également très asiatique dans le flot de la vie qui court, déborde, grouille, surchauffe, rugit. C’est une ville chaotique, bordélique, bruyante et hyperactive. C’est aussi une ville très touristique, très différente en cela de ce qu’on avait vu de Yangon, la capitale économique du Myanmar. Les enseignes lumineuses se succèdent dans les rues du centre-ville où nous logeons. Bars, cafés, restaurants, massages, spa, tout est fait pour les touristes. Le premier marché que nous visitons, le marché Ben Tanh, n’échappe pas à cette règle et les prix affichés sont ceux prévus pour les étrangers qui y flânent par centaines. Nous n’en sommes pas moins heureux d’y déguster nos premiers plats vietnamiens : rouleaux de printemps, nems, banh mi (sandwichs vietnamiens fait avec du pain baguette dont le nom vient du français « pain de mie »), nous nous régalons. Bien que nos impressions soient très différentes de notre arrivée à Yangon il y a un peu plus d’un an, nous nous amusons toujours à déambuler au milieu des étals si différents de ce que l’on connaît, aux couleurs chatoyantes et aux odeurs inédites.

Nos premiers pas dans Ho-Chi-Minh-Ville sont évidemment marqués par le flot incessant des scooters qui sillonnent la ville par millions ! C’est impressionnant, ils ont tous les droits et semblent être dispensés de respecter le code de la route. Les feux rouges n’ont pas d’effet sur eux, pas plus que les sens interdits ou les trottoirs. La ville leur appartient toute entière. Au Vietnam, se déplacer à pieds est vu comme un signe de pauvreté, et le scooter est le moyen de transport le plus répandu, et ce dès le plus jeune âge. Ils chevauchent leurs bolides à 2, 3 ou 4 par engin, parfois avec des charges au volume impressionnant ! Traverser la rue relève du défi et arriver en vie de l’autre côté nous semble être un miracle. Il ne faut pas avoir peur et se rappeler que personne ne s’arrêtera pour nous laisser passer, il faut donc avancer doucement, prudemment, et parier sur le fait que les scooters nous esquiveront.

Nous visitons le Palais de la Réunification, anciennement nommé Palais de l’Indépendance, un lieu historique qui fut le théâtre de la chute de Saigon et de la fin de la Guerre du Vietnam. Ce palais est gigantesque et des salles toutes plus grandes les unes que les autres se succèdent à travers les quatre étages,  le tout conservé en l’état depuis l’époque des Présidents Diem et Thieu. Il est entouré d’un vaste jardin dans lequel sont exposés des chars d’assaut datant de la guerre.

Un petit parcours nous fait voyager à travers l’époque coloniale avec la cathédrale, l’ancienne Poste Centrale, les prestigieux hôtels, l’hôtel de ville très critiqué pour son style « choux à la crème », le théâtre municipal, etc.

Nous passons également une demi-journée à Cholon, le quartier chinois un peu excentré du centre-ville, où nous ne croisons presque plus de touristes et où nous sommes heureux de retrouver une atmosphère plus authentique, une vie toujours aussi turbulente et bouillonnante, qui baigne dans son jus. Nous allons de pagodes en temples, ceux-ci se succédant à tous les coins de rue. Le marché Binh Tay est cette fois-ci très local, pas un seul des commerçants ne parle anglais, nous sommes les seuls occidentaux à nous promener au milieu des étals et nous nous sentons observés avec curiosité. Les prix sont tous deux fois moins élevés que ceux du marché Ben Tanh. Nous trouvons des noix de cajoux (notre petit pêcher mignon) à un prix défiant toute concurrence et nous pouvons ainsi satisfaire notre gourmandise !

Enfin notre séjour à Saigon se termine par la visite du musée de la guerre. Pour ne pas froisser les touristes Américains, ce musée a changé de nom. Il s’appelait autrefois le « Musée des crimes de guerre américains ». Et si le nom a changé, le contenu est resté le même, et consiste en une succession de récriminations contre les atrocités perpétrées par les méchants Américains contre les gentils Vietnamiens. Si l’horreur de ces crimes de guerre est réelle, le manque d’objectivité et le manichéisme de la scénographie du musée est regrettable.

Pas un mot sur le fait qu’il s’agissait d’abord d’une guerre civile et que plus d’un million de Vietnamiens du Sud ont combattu aux côtés des Américains, contre le Nord. Pas un mot non plus sur les agissements du Nord et sur la répression qui a suivi la fin de la guerre. Mais pouvait-on vraiment en attendre plus d’un musée national dans un pays communiste ?

Les salles dédiées aux crimes de guerre américains, au massacre de civils et aux effets de l’agent orange sur la population, photos à l’appui, sont tout simplement insoutenables. De quoi faire des cauchemars ! Nous ressortons donc un peu déçus de cette visite dont nous attendions plus, et qui souffre de la subjectivité et de la surenchère dans l’horreur qui y est mis en scène.

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